Auteur(e) :Quentin Parisis
Avec deux victoires en trois matchs et surtout une maîtrise collective et des performances individuelles qui impressionnent dans toute la ligue, le FC Supra réussit un début de saison rêvé. Sean Rea, le meneur de jeu du Supra, incarne ce début de saison canon. Quels sont les secrets de cette réussite? Éléments de réponse avec l’homme en forme de PLC.

Sean Rea pète la forme et c’est une excellente nouvelle pour le FC Supra. Après 3 matchs, le milieu offensif a réussi l’exploit de s’inviter à 3 reprises dans l’équipe de la semaine de la PLC. Buteur contre le Pacific FC, il a ajouté une passe décisive contre les Wanderers de Halifax à sa feuille de statistiques. Après une saison déjà fort intéressante en 2025 avec les Wanderers, le voilà sur des standards déjà très élevés. Avec l’ambition d’être le MVP de la ligue cette année?“C’est trop tôt pour penser à ce genre de chose”, dit-il. Ce qu’il veut, c’est que son équipe soit performante, qu’elle maintienne des hauts standards et, à titre individuel, qu’il participe à cette réussite collective. 

La réussite de son équipe, comme la sienne, vient d’une “longue préparation”, “assez différente des autres”, commencée dès le mois de janvier. Au fil de l’hiver, le Supra, qui doit se constituer une équipe et un effectif, effectue une large revue de joueurs. Certains viennent en essai pour tenter d’obtenir un contrat, d’autres signent, mais doivent se faire valoir pour grappiller du temps de jeu ou une place dans le XI de départ, les cadres doivent montrer qu’ils seront à la hauteur. En somme, tout le monde est immédiatement au travail avec un objectif. Au-delà des situations individuelles, le groupe se crée. Sur les lignes de côté, le staff travaille tout autant et installe rapidement une éthique de travail et un plan de jeu.

 Cette clarté et la vision que Nick Razzaghi instaure convainquent dès les premiers instants et elle lance l'équipe sur la voie des premiers succès. C’est d’ailleurs après une discussion avec le coach et son adjoint, Ramtin Maherpour, que Sean Rea embarque dans le projet. Le coach lui explique vouloir jouer un soccer excitant, en ayant le ballon, en lui laissant beaucoup de liberté pour rentrer dans les espaces. “Pour me parler comme ça, c’est qu’il avait beaucoup de confiance en moi”, reconnaît Rea, qui est ainsi gonflé à bloc et déterminé à donner le meilleur. “Ça se voit dans mes trois premières performances : je joue avec de la confiance, de la liberté. Je peux être dangereux, je peux mettre mes coéquipiers dans des zones dangereuses. Le coach m'aide beaucoup dans mes performances et c'est grâce à lui que je performe autant.” Les leviers psychologiques, associés à des rôles clairement établis, fonctionnent à plein régime.

Dans le plan de jeu mis en place par Nick Razzaghi, Sean Rea est comme un poisson dans l’eau. Le Supra profite pleinement de la vitesse et de la finesse technique de Rea lorsque vient le moment de porter l’estocade. Défensivement, Rea doit se plier à la structure mise en place, à l’instar de ses coéquipiers. Par contre, offensivement, il reconnaît (et apprécie)  pouvoir “aller à gauche, à droite, descendre récupérer le ballon, faire des courses en profondeur.” Quand l’équipe a le ballon, Rea et ses compères d’attaque ont comme consigne d’utiliser leur créativité, de bouger dans les espaces afin d’en libérer d’autres, de “créer une fluidité dans laquelle on peut être dangereux et vraiment difficile à défendre.” Malgré ses trois petits matchs d’existence, le plan de jeu du Supra semble déjà réglé comme du papier à musique. Les joueurs se trouvent (presque) les yeux fermés, les circuits de balle sont clairs, les rôles sont définis, les qualités des uns et des autres sont exploitées du mieux possible, autant que les faiblesses de l’adversaire. C’est dans la vidéo que réside (une partie) de l’explication de ce succès. “La précision de l'information qu'ils nous donnent, ce qu'ils nous disent ensuite à l'entraînement, ça se retrouve au match, c'est exactement ce qu'on a vu durant la semaine”, explique Rea. Les séances vidéos sont quotidiennes et elles portent leur fruit. Le Supra figure dans le haut du classement dans les tirs au but, dans les chances créées, dans les dribbles complétés, dans les touches de balle dans la surface adverse. 

Une bonne ambiance sur le terrain et en tribune

Il y a aussi dans cette équipe un supplément d’âme déjà palpable. Souvent présent dans les médias, le capitaine David Choinière ne manque jamais de souligner que l’identité du club basée sur un effectif 100% québécois joue beaucoup dans la cohésion du groupe. La langue commune différente de celle du reste du pays, la formation réalisée au sein des mêmes clubs, des mêmes académies, ont facilité la création de liens. Cette équipe a du caractère et cela se retrouve dans les scénarios de matchs. Contre les Wanderers, le Supra a marqué dans le dernier quart d’heure, après avoir été rapidement mené dans la rencontre. Contre le Pacific FC, le club est allé arracher une victoire dans les arrêts de jeu. “ J'ai joué avec, je pense, plus que la moitié de ces gars-là, que ce soit à l'académie, dans le off-season, raconte Sean Rea. On se connaît super bien. Des fois, le truc le plus difficile avec des nouveaux groupes, c'est la chimie, c’est le fait que les gars ne se comprennent pas, mais pour nous, ça a été beaucoup plus facile.” Cette base commune se traduit sur le terrain et “ça a vraiment joué une grosse partie”, insiste Rea. “Il y a beaucoup de chimie, ça joue bien, il y a beaucoup de permutations chez les ailiers : ils prennent la place, moi je prends la place de l'attaquant, il y a des permutations partout. On va juste continuer de s'améliorer.”

Pendant plusieurs saisons, des joueurs comme David Choinière, Sea Rea, Clément Bayiha ou Aboubacar Sissoko ont dû s’expatrier pour jouer dans la ligue canadienne. Avoir l’opportunité d’évoluer dans sa ville ou sa province d’origine, devant la famille et les amis, de représenter fièrement ses racines, est un élément à ne pas négliger dans la réussite de l’équipe. “On se bat vraiment les uns pour les autres, appuie Rea. Vraiment, on veut avoir du succès pour le groupe, pour la province. Lors du match contre Halifax, les gars dans la foule voulaient même rentrer sur le terrain tellement ils étaient contents! Tout le monde est fier de nous, tout le monde est content et pour nous, comme groupe, on se sent déjà connectés et on veut offrir de belles performances."

Les prochains matchs feront office de test pour les Montréalais, puisqu’ils vont affronter coup sur coup le Cavalry et le Forge FC, les deux favoris de la ligue cette année, le tout entrecoupé d’un duel contre le Woodbrige Soccer Club en Championnat canadien. Deux oppositions en PLC de très haut calibre, un adversaire peu connu et un calendrier qui va forcer la troupe de Nick Razzaghi à jouer 3 matchs en 10 jours. Un rush qui ne semble pas être de nature à susciter des inquiétudes dans les rangs montréalais. “On prend ça un match à la fois : Tu t'entraînes bien durant la semaine, tu te concentres sur le match que tu as le week-end, quand vient le dimanche, tu fais une bonne performance, et tu peux après te concentrer sur le prochain match. On sait qu'on a dix jours chargés, mais je pense que c'est important de juste rester focus sur le match que tu as devant toi. Si tu te dis “on a trois matchs, c'est Forge, c’est Calgary”, tu peux tomber dans des trucs où ça se passe moins bien. On va rester focus, bien s'entraîner, bien dormir et ça devrait bien se passer.” Comme depuis le début de la saison, finalement.

Le FC Supra accueille le Cavalry FC, dimanche 3 mai, à 15h H.E, au stade Boréale de Laval