Auteur(e) :Quentin Parisis
À 22 ans et après seulement 6 petits matchs en professionnel, Matisse Chrétien apparaît comme l’un des joueurs les plus en vue et celui qui profite le plus de l’exposition offerte par le FC Supra. Au point de devenir l’un des meilleurs prospects de toute la ligue?

Dans le football, les choses peuvent aller vite et Matisse Chrétien en est l’exemple. À 22 ans, après des passages en Ligue 1 Québec, à Saint-Hubert, puis dans les universités avec les Redbirds de McGill, Green Bay et SF Dons, il s’est rapidement fait un nom dans la Première Ligue Canadienne et il est, avec Anthony Aromatario du Forge FC, l’une des belles découvertes de ce début de saison.

Outre 45 minutes passées sur le banc face au Forge FC, le défenseur central a disputé toutes les minutes du FC Supra (405 minutes en 5 matchs de PLC, en plus de 90 minutes en Championnat canadien). En dehors du gardien Joakim Milli (450 minutes) et de son coéquipier Charles Auguste (449), personne n’a autant joué que lui au Supra. Pour la 4e semaine de compétition, il s’est aussi taillé une place dans l’équipe de la semaine.

Ce début de saison réussi ne signifie pas pour autant qu’il s’est déroulé sans apprentissage. Ce qui l’a le plus marqué jusqu’à maintenant? La rigueur tactique des équipes. « Les équipes sont très structurées, reconnaît-il. Dans la PLC, les équipes vont avoir leur plan de match et vont le respecter à 100%. »

Ses premiers pas dans le monde professionnel lui ont permis de montrer ses qualités défensives. Ancien latéral gauche, il continue aussi d’exploiter sa palette technique et ses qualités de vitesse malgré sa grande taille (6’3). Il « aime beaucoup dribbler », estime « ne pas être mauvais avec le ballon », et voit cet aspect comme le signe d’un joueur « qui a de la personnalité. »

Face à Halifax, il a inscrit un but en déviant du talon une frappe de Charles Auguste. Un geste technique qui lui a valu de remporter le But du mois d’avril dans la ligue. Il a aussi changé de partenaire de défense centrale avec la grave blessure d’Ismaël Yéo, l’amenant à jouer en compagnie de Keesan Ferdinand. Il a dû enfin s’adapter au changement tactique opéré par son coach face au Forge FC, où la défense a principalement évolué avec 5 joueurs, contre 4 habituellement. Il n’en a pourtant jamais perdu son niveau et a livré de bonnes prestations à chaque fois.

Travailler, s’entourer, bien manger, dormir

La réussite de Matisse Chrétien sur ces premiers matchs se voit sur le terrain, mais la clé de cette réussite se situe également en dehors : dans sa mentalité, dans sa préparation, dans sa façon de gérer les “à côtés” du foot professionnel. 

Encouragé dans le circuit universitaire à faire preuve de prudence dans son hydratation et son alimentation, il a gardé ce réflexe quotidien. Il veille aussi à dormir au minimum 8 à 9 h.

Bien installé dans le XI de départ de son équipe, il dit aimer, d’un point de vue mental, « se sentir comme un challenger » plutôt qu’un titulaire. « J'aime beaucoup avoir de la compétition avec mes coéquipiers. C'est dans ces moments-là qu'on s'améliore le plus, qu'on se pousse entre nous », souligne-t-il.

Le FC Supra s’est donné le mandat d’offrir des opportunités aux joueurs locaux et Matisse Chrétien entend pleinement jouer sa carte dans le monde professionnel, d’abord en rendant la confiance accordée par son club avec de bonnes performances, puis en se donnant les moyens de maximiser ses opportunités. Avec son agent, il s’est fixé des objectifs sportifs précis qui doivent faire office de repères pour encadrer son parcours.

« Mon agent m'a fait un plan de carrière qu’il pense être juste. Il m'a montré tous les profils qui sont passés de la Ligue canadienne à la MLS ou en Europe. Il m'a montré ce qu'il faut faire, les stats qu'il faut. Il m'a tout mis sur la table. Il m'a dit : “si tu fais ça, les chances sont celles-ci ou celles-ci. Ça, j'ai beaucoup aimé », dit-il.

Matisse Chrétien sait que la Ligue canadienne est une opportunité d’apprentissage autant qu’une vitrine. D’autres en ont profité avant lui. Son coéquipier Diyaeddine Abzi a fait les beaux jours de York United (aujourd’hui Inter Toronto), avant de prendre la direction de l’Europe. Mohammed Farsi s’est fait un nom avec le Cavalry avant d’aller en MLS. 

Dans un monde du soccer où les scouts et les clubs veulent aller de plus en plus vite à saisir les opportunités sur le marché des joueurs, il n’est plus nécessaire d’avoir de longues années de professionnalisme pour prendre son envol, à condition bien sûr de vite se mettre au niveau. L’arrière droit du Vancouver FC, James Cameron, a pris la direction des Rapids du Colorado après 36 apparitions et 2635 minutes en PLC. Son ancien coéquipier Grady McDonnell est allé encore plus vite en s’envolant pour la réserve du géant belge, le FC Bruges, qui évolue en 2e division, après 407 petites minutes de jeu dans la ligue canadienne. Initialement arrière gauche, il n’a fallu à Kwasi Poku que 14 matchs de PLC à la position d’avant-centre, en plus de deux matchs de Championnat canadien, (auréolés de 10 buts et 2 passes décisives) pour convaincre les recruteurs du RWDM, en 2e division belge, de le recruter.

« C'est un parcours que j'aimerais beaucoup avoir, reconnait Matisse Chrétien. En tant que tel, mon but, c’est vraiment de lancer ma carrière dans la PLC. Je veux faire une forte impression, le plus possible. J'essaie vraiment de me concentrer pour qu’à chaque match, je puisse donner le meilleur de ce que j'ai. Les parcours à la Joël Waterman, c'est inspirant. Ce sont des parcours très intéressants, il réussit très bien en MLS. C'est quelque chose, vraiment, que j'espère. »

Un aperçu du très haut niveau

Matisse Chrétien sait ce qu’exige une carrière au plus haut niveau et il a une idée précise des attentes en termes de niveau de jeu. À 19 ans, il est parti faire un essai à Lorient, club de Ligue 1 Française. C’est à cette époque qu’il envisage de plus en plus clairement une carrière dans le soccer professionnel et cette expérience lui permet de se frotter à l’élite.

« Dès la première journée, je me suis dit « Ouf, ce n'est pas pareil! » Je suis rentré dans le toro [un exercice dans lequel des joueurs se mettent en cercle pour se transmettre le ballon tandis qu’un joueur au milieu doit l’intercepter, NLDR] et je suis resté longtemps au milieu! », explique-t-il dans un éclat de rire. « C'est une adaptation que j'ai dû faire. C'est là que j'ai compris que le foot, ce n'est pas seulement comme à Montréal, comme ce qu'on connaît au Québec. Il y a des endroits dans le monde où c'est vraiment plus technique, plus rapide. Après deux ou trois jours, je me suis adapté et c'est là que j'ai commencé vraiment à adorer. »

Passée cette période d’adaptation, Matisse Chrétien est convaincu qu’il « n'est pas si loin du très haut niveau. » « Je pratiquais avec la Nationale 2, (le réserve) et plusieurs gars jouaient avec l'équipe première. Ils sont très bons, ils ont beaucoup de qualités, mais je ne suis pas si loin de ça présentement. C'est vraiment quelque chose à laquelle je repense à chaque fois, surtout quand je regarde des matchs : je crois que je pourrais jouer », dit-il.

Dans son apprentissage technique vers le plus haut niveau, le défenseur peut aujourd’hui compter sur Laurent Ciman, l’entraîneur-adjoint du Supra et ancien international belge.

Conscient qu’au niveau professionnel, il ne peut plus seulement compter sur sa vitesse pour prendre le dessus, il travaille beaucoup le positionnement défensif. « Avec Laurent Ciman, on met vraiment le focus là-dessus. C'est vraiment incroyable de l'avoir avec nous. Quand tu te fais dire ce qui ne va pas ou ce qu’il faut faire par Laurent Ciman, un joueur qui a joué à mon poste, qui a joué pour l'équipe nationale, qui a joué en MLS et pour des gros clubs en Europe, il n'y a rien de mieux. »

Cette proximité avec l’ancien joueur étoile de la MLS lui offre la progression dont il a besoin pour s’affirmer au plus haut niveau et franchir un nouveau palier.

Une histoire qui se rapproche de celles de plus belles réussites au Canada

Ces paliers, plusieurs les ont franchis et ils ont des similitudes avec le parcours de Matisse Chrétien. Comme pour le milieu de terrain du Nashville SC en MLS Charles-Émile Brunet, ou encore l’international canadien de l’OGC Nice, Moïse Bombito, Matisse Chrétien a fait partie de ces joueurs qui ont évolué aux côtés de l’entraîneur français François Bourgeais. L’histoire est connue : c’est ce coach qui a replacé avec succès Moïse Bombito dans l’axe de la défense, lui permettant par la suite de mener la carrière dont il dispose aujourd’hui. 

C’est au CS Saint-Hubert, en Ligue1 QC, et au Collège Ahuntsic, que Matisse Chrétien rencontre le technicien français. Ce dernier est, avec l’entraîneur de Saint-Hubert, Nasson Theosmy, l’une des rencontres décisives de Chrétien dans sa formation. Ils sont « comme des pères » pour lui. François Bourgeais lui a fait « aimer de nouveau le soccer » à une période où le défenseur songe à arrêter pour favoriser le volley-ball. « Je voyais qu'au Québec, il n'y avait pas trop de débouchés. Je comptais faire du volleyball, jouer pour le plaisir, puis François m’a invité à le rejoindre au CEGEP Ahuntsic et on a fait cette transition. »

Le reste appartient désormais à l’histoire et, s’il reste encore bien des pages à écrire et des actions à confirmer, nous n’en sommes peut-être qu’au début.