Diyaeddine Abzi est un revenant, au sens propre comme au figuré. Il est de retour dans la ligue, de retour sur les terrains, de retour dans une carrière qu’il a été contraint de stopper pendant deux ans. “J'ai beaucoup appris, que ce soit dans la vie ou dans le football. Je suis à un âge où, avec toutes les expériences que j'ai eues, je pense avoir un bon bagage avec moi”, résume-t-il.
L’arrière gauche du FC Supra a en effet vécu le plus haut comme le plus bas ces dernières années. Après avoir écumé les terrains avec l’AS Blainville en L1QC et explosé au York 9FC (aujourd’hui Inter Toronto), le joueur québécois s’est envolé pour l’Europe, d’abord à Pau, en Ligue 2 française, puis à Léganes, en 2e division espagnole. Un contrôle positif au cannabis lui a cependant valu deux ans de suspension. Une peine très lourde qui a enrayé sa trajectoire, mais qui lui a permis de prendre un pas de recul.
Si le footballeur a été contraint de cesser son activité, l’homme a évolué. Il a en particulier resserré les liens avec ses racines et une partie de sa famille installée au Maroc.
Il passe une bonne partie de sa première année de suspension dans le pays d’Afrique du Nord où il est né il y a 27 ans. Pour surmonter mentalement ce coup d'arrêt en pleine ascension, “ la famille a joué un grand rôle”, explique-t-il. “C'est elle qui m'a permis de ne pas être déprimé”, reconnait-il sans détour.
A-t-il eu peur de voir tous ses efforts être anéantis? Non, il “n’a pas douté” de ses qualités et de sa capacité à revenir au plus haut niveau, dit-il. Certains éléments l’ont conforté dans cette impression. Le monde du football ne l’oublie pas totalement pendant cette période et certains coachs, qu’ils “remercient aujourd’hui”, prennent régulièrement de ses nouvelles. On n’oublie pas si facilement un joueur qui a largement dominé la PLC à son poste durant plus de 3 saisons, qui a participé au Championnat de qualification olympique masculin de la CONCACAF 2020 avec l'équipe canadienne U23 et qui compte une trentaine de matchs de Ligue 2 à Pau.
Le défenseur sait qu’il a “des possibilités” pour son retour. “J'ai pris le temps de me concentrer sur ce que je pouvais changer, prendre du temps pour moi, laisser faire passer le temps, puis m'entraîner, essayer d'être prêt au moment où ça allait revenir”, explique-t-il.
Le Supra, comme une évidence
À mesure que l’échéance de la suspension approche, il se remet graduellement en forme. Il accélère le rythme dès août 2025, alors que sa suspension prend fin au premier trimestre de l’année 2026. Cela tombe plutôt bien, cette date correspond grosso modo à la date de reprise des équipes de la PLC. Cerise sur le sundae, le Supra fait son apparition dans le monde du soccer et il est annoncé que le club va rejoindre la PLC en 2026. Le mariage entre un club à la recherche de joueurs québécois de premier plan et l’une des plus belles réussites de la PLC parait logique.
“Venir au Supra a vraiment été une décision qu'on a prise avec mes agents. On pensait que pour une année, après une longue suspension, c'était bien d'être avec cette équipe qui est à la maison. Ça voulait dire que je n’aurais pas d’enjeux à m'intégrer, tout ce côté-là à gérer. On est à Montréal, on a beaucoup de contacts si on sent qu'on est en retard du côté physique, du côté tactique. On peut facilement travailler sur le côté, avec des gens qu’on connaît. Savoir que tu vas être avec une équipe qui va te pousser à revenir, à aimer la compétition, à reprendre le rythme, à avoir confiance en toi, tout en étant à la maison, près de la famille… il y avait tellement d'aspects positifs que c’était le choix le plus logique et je ne suis vraiment pas déçu”, dit-il.
Le choix de rejoindre le Supra est pour le moment payant pour Abzi. Titulaire sur le côté gauche de la défense, il est l’un des joueurs les plus utilisés par son coach, Nick Razzaghi. Il lui arrive aussi d’être le capitaine, lorsque l’habituel titulaire de brassard, David Choinière, n’est pas là. Du côté des résultats, le bilan est aussi encourageant avec 10 points en 7 journées.
En somme, à titre individuel comme collectif, tout va bien. Il le savait, il le sentait. “Avec tous les noms qu'il y avait dans l'effectif, avec tous les joueurs qu'on a pu ramener, ça faisait vraiment du sens”, dit-il sans détour, malgré le statut toujours incertain des équipes d’expansion avant les premiers matchs.
Compétiteur et exigeant, il sait que son équipe peut encore faire mieux. En étant “plus clinique dans le dernier tiers”, en étant plus “méchant”, le Supra peut encore plus surprendre dans une ligue que Diyaeddine Abzi redécouvre.
“Il y a beaucoup d'améliorations côté tactique [dans la PLC aujourd’hui]. Il y a beaucoup plus de joueurs performants. Plusieurs joueurs ont eu des opportunités ailleurs et c’est une bonne reconnaissance de la ligue, estime-t-il. C'est logique, parce qu'au début, c'était une Ligue qui venait de se créer, c'était les débuts, mais là, je trouve qu'on est en train d'avancer, surtout avec une équipe au Québec, à Montréal, car il y a beaucoup de talents ici.”
Un avenir de nouveau dégagé
Diyaeddine Abzi a signé pour une année, en plus d’une année en option. Un accord relativement logique pour un joueur qui cherche à se relancer et pour un club qui mise sur un joueur inactif depuis deux ans. Un accord gagnant-gagnant, mais qui laisse aussi l’avenir ouvert.
Malgré la longue suspension, le joueur nourrit toujours des ambitions. Il “a toujours faim” et dispose “de beaucoup plus d’atouts” en raison des épreuves traversées. Son plan est pour le moment de “se concentrer sur retrouver le rythme et le niveau auquel [il était].” Après cela, il pourra évaluer ses chances à “aller au prochain niveau.”
“Ç’a toujours été le cas, mais ce sont des éléments sur lesquels on n’a pas vraiment de pouvoir. Moi, j'ai le pouvoir d’agir sur ce que je peux changer, sur mes performances, sur la façon de m'entraîner. Je suis plus concentré dans cet aspect-là. Je gérerai ce qui arrivera après, mais le plan pour l’instant, c’est de faire une saison complète."
Le plan se déroule sans accroc jusqu’à maintenant.