C’était le 24 septembre 2025, au cours d’un événement où tout le soccer québécois s’était réuni, en plus de tout le gratin de la Première Ligue Canadienne et les caméras de OneSoccer et de l’ensemble des médias locaux.
Le FC Supra est né dans une ambiance festive et porteuse d’espoirs pour de nombreux joueurs et techniciens qui ont trop longtemps manqué d’opportunités professionnelles.
Un an plus tard, le président Rocco Placentino, au coeur des démarches pour trouver des investisseurs prêts à embarquer dans ce projet, est fier du chemin parcouru, même si le travail ne manque pas.
“On travaille chaque minute, chaque heure, tous les jours. Il n'y a pas de 9 à 5, il n'y a pas de lundi à vendredi, c'est 24 sur 7”, explique-t-il. “Tout cela est vraiment passé très vite. Je n'ai pas eu le temps de prendre du recul, parce qu'on court tous les jours, il n'y a jamais eu un moment pour dire « Waouh, qu'est-ce qu'on a créé ? ». On est fiers de ce qu'on a fait jusqu'à date et c'était vraiment ambitieux pour dire la vérité.”
Ambitieux, car encore aujourd’hui, les défis sont nombreux, même si l’équipe va relativement bien. Demi-finaliste du Championnat canadien, elle est toujours en course pour les séries, ce qui demeure un exploit pour une équipe d’expansion. Rocco Placentino n’est, cependant, pas vraiment satisfait.
Il est “fier de mettre sur le terrain une équipe québécoise”, mais le dirigeant regrette les buts en fin de match et l'incapacité du club à ne pas préserver ses jeux blancs. “Si les matchs duraient 80 minutes, on serait en finale du Championnat canadien et en deuxième, troisième position au classement de la PLC. C'est pour ça qu'on n'est pas satisfait.” Il reste “6 finales” pour obtenir le ticket des séries et faire pencher la balance dans le bon sens.
Malgré les exigences du résultat et les aléas du sport, plusieurs signaux montrent la pertinence et la réussite du projet.
L’objectif du Supra, à sa création, était d’offrir une plateforme aux joueurs québécois et, à ce chapitre, le contrat est rempli sur cette première année d’existence.
Loïc Kwemi est le meilleur buteur de la ligue, Joakim Milli s’est montré décisif à de nombreuses reprises cette saison, Matisse Chrétien s’est révélé comme un défenseur central fiable dans la PLC et, d’une façon plus globale, le Supra n’a jamais dérogé à sa volonté d’aligner des Québécois d’origine ou d’adoption.
“On a fait ce que l’on a dit et au Supra, la parole a une grande valeur. Jolan Fleury a été convoqué en équipe national U16, Alex Makarova est en Suisse avec le Canada U17 en ce moment et on est en train de donner à Éliakim Owonongbadje un contrat “jeune talent exceptionnel”, souligne Rocco Placentino
Être connu et créer une communauté
Au cours des 12 derniers mois, le club a multiplié les efforts pour se faire connaître, pour valoriser son projet 100% local, pour tisser des liens avec la communauté. Les visites dans les clubs amateurs se sont multipliées.
Rocco Placentino apprécie aussi la visibilité médiatique dont dispose le club, qui est diffusé à TVA Sports ou à RDS Direct en plus de OneSoccer, et qui est l’objet de discussion dans plusieurs podcasts.
Il “voit vraiment un appui” au sein de la province pour le FC Supra. Le travail demeure en cours. “Les gens doivent savoir ce qu’est le Supra et la PLC. On doit aller dans les clubs, dans les écoles, faire voir ce qu’est cette équipe communautaire”, explique Rocco Placentino.
L’exemple à suivre en termes de communauté de soccer, “c’est Halifax” souligne d’emblée Rocco Placentino. Le Wanderers grounds affiche souvent complet ou presque, la communauté est impliquée.
Au Supra, la vente de billets demeure un objectif important. Lors des premiers matchs au CEPSUM, le public a été nombreux et l’ambiance au rendez-vous, mais la distance vers Laval et le stade Boréale est un enjeu auquel il faut désormais répondre.
La solution de Rocco Placentino? “Travailler fort”! La réponse récente du public lors des derniers matchs, avec une amélioration des affluences, est un signe encourageant.
L’avenir du club à moyen terme passe-t-il par le stade à Laval? La réponse du président est prudente. Il rappelle d’abord qu’il n’y avait pas d’autres choix à disposition au lancement du projet, “puisqu’il n’y a pas d’installations” et il martèle que la maison actuelle du Supra est là.
Un déménagement au Centre-Claude-Robillard, où Rocco Placentino a lui-même joué et où le CS Saint-Laurent a reçu le Toronto FC en Championnat canadien est-il possible après les rénovations? Ou ailleurs? C’est encore tôt pour le dire, mais on comprend entre les lignes qu’une réflexion est menée.
Le Supra doit encore tisser et renforcer sa toile, prendre pleinement sa place après 12 mois déjà encourageant en termes de notoriété.
Avec les institutions, cette relation se construit aussi. “Ça prend du temps d’avoir des amis partout”, sourit Rocco Placentino. Les discussions ont été nombreuses avec la Ville de Laval lors de l’installation de l’équipe et, signe d’une relation fluide, le club n’a pas manqué d’apporter son soutien au maire Stéphane Boyer à l’annonce de son grave problème de santé.
Avec la mairie de Montréal, la rencontre n’a toujours pas eu lieu, mais elle est envisagée prochainement. Avec le CF Montréal, dont l’Académie est un vivier de talents important, Rocco Placentino assure “être très content des discussions en cours.” “On est en train de créer une relation et je dois dire, de notre côté, on est vraiment fier d'avoir une relation avec le CF Montréal. On se parle beaucoup.”
Des projets à bâtir
Le projet immédiat, et même constant, “c’est de gagner”. Cependant, les victoires se construisent patiemment et l’instauration du programme juvénile, sous la forme d’une académie hybride a d’ores et déjà été annoncée.
L’idée est de permettre aux joueurs visés de rester dans leur club local, tout en disposant d’une offre complémentaire du Supra. Elle doit être lancée concrètement dès 2027. “C'est quelque chose dont on a besoin. La fierté de cette année, c’est d’avoir mis en place dans un temps très bref beaucoup de choses”, dit Rocco Placentino.
La relation avec les autres clubs des propriétaires du Supra est un autre enjeu en chantier. Dernièrement, les hommes d’affaires Stéphane Tétrault et Jean-François Chenail ont acquis le club français de 4e division, le FC Chambly Oise. Matt Rizzetta et Angelo Pasto sont aussi aux affaires dans le club de Campobasso, en Série C italienne.
“Ce sont des bons partenaires, parce que s'il n'y a pas assez de places ici, au Supra, pour certains talents, on peut les envoyer ailleurs”, explique Rocco Placentino. Matthew Catavolo, un temps passé par Valour et joueur du CS Saint-Laurent ces derniers mois, s’est ainsi engagé en France.
Rocco Placentino, l’homme-orchestre du FC Supra
Pour le président, cette année est aussi une année d’apprentissage, puisqu’il effectue ses premiers pas en tant que dirigeant d’un club professionnel.
Il reconnait que cela représente “beaucoup de pression”. Il doit faire tourner l’équipe, les finances du club, répondre aux mandats fixés par le groupe de propriétaires et prendre parfois des décisions difficiles. Celle de congédier son directeur sportif, Mateo Cabanettes, en cours de saison en est une.
“Côté sportif, côté administratif, côté business, je mets mes mains dans tout et je n'ai pas de choix, je ne peux pas mettre le focus sur une seule chose, explique-t-il. Le milieu professionnel, ce n'est pas la même chose que la foot amateur. Je dois être un “vrai boss”. Ce n'est pas tout à fait mon style, parce que je suis un gars de famille. Mateo, c'est un gars avec qui j'ai commencé ce projet il y a plus d'un an, mais aujourd'hui, il n'est plus avec nous. Ce sont des décisions difficiles, ce n'est pas dans mon ADN de prendre ces décisions-là, mais c'est la vie, c'est le côté business. J'ai pris une décision pour le club, pour le futur.”
Depuis “quelques mois que [ses] patrons [lui] enseigné comment être un boss”, reconnait-il. “Je parle avec un de mes patrons chaque jour et c'est une chose positive parce que cela montre qu'ils tiennent à cœur le projet. Il y a beaucoup de travail devant nous pour améliorer le côté business et le côté administratif. Ils me donnent beaucoup de conseils, mais aussi de pression. C’est normal et c'est quelque chose dont j'ai besoin parce que mon travail ne peut pas être facile”, dit-il.
Même si l’équipe de direction est réduite, il n’y a pas encore urgence à densifier le volet administratif. Les journées du président sont longues, commencent à 4h30 ou 5h du matin, avec simplement quelques espaces dédiées pour la famille, mais il n’est pas prévu dans l’immédiat de faire grossir l’équipe de direction.
Cela sera peut-être l’objet d’une discussion avec les propriétaires dans les prochaines semaines ou les prochains mois, mais le président l’assure : il est “content” de travailler pour le moment avec Nick de Santis, son conseiller, et Shady Saleh, directeur des opérations.
En matière de transferts, ils travaillent ensemble, avec le soutien du staff technique. Des joueurs d’expérience sont déjà ciblés pour la saison prochaine. La réussite de certains éléments de l’équipe a aussi attiré l’oeil. Il y a donc matière a voir certains joueurs s’envoler vers d’autres cieux, ce qui validerait la volonté du club d’être un tremplin pour eux.
Il reste aujourd’hui six matchs pour transformer cette première année en grande réussite sportive, avant de convertir dans les prochains mois encore un peu plus l’essai sur les autres terrains.