Mateo Cabanettes tire autant de positif que d’enseignement des premiers matchs de son équipe dans la PLC. Il salue la volonté constante de son équipe à “se battre jusqu'au bout”, de pouvoir compter sur “des joueurs motivés” et “des coachs qui ont faim.” Il reconnaît aussi la nécessité de “laisser du temps au temps” pour mener à bien tous les projets en cours, tout en se montrant satisfait de pouvoir profiter de la pause de la Coupe du monde pour dresser un premier bilan. Il sera sans concession, car le club est exigeant et ambitieux.
Après ces premiers matchs, au niveau sportif, quel bilan tirez-vous de cette première séquence ?
“La performance” était le mot d'ordre quand on a officialisé l'équipe. On ne voulait pas être ridicule, on ne voulait pas arriver comme la nouvelle franchise qui tâte le terrain. Je pense qu'on a répondu présent et on coche certaines cases en termes d'objectifs. Je sais que je vais me répéter, mais c'est beaucoup d'apprentissages aussi, parce qu'on est tous nouveaux dans ce domaine et dans la Ligue. Certaines équipes ont des années d'expérience, en termes de saison, de gestion, d'anticipation. Quand tu commences, tu apprends. Le dernier match contre l’Atlético Ottawa, c'est le parfait exemple. De là, il faut qu'on en tire des leçons. C'est dans les défaites qu’on apprend le plus. Je ne prends pas ça de façon négative. Il faut rester optimiste. Le produit sur le terrain est bon, ce n'est pas une surprise. On savait tous qu'au Québec, il y avait du talent. Maintenant, c'est une question de persévérance, de concentration. Ce sont des petits détails qu'il faut ajuster. De façon générale, quand quelqu'un regarde nos matchs, il voit qu'il y a quelque chose derrière, qu’il y a un fond.
Quels ont été les principaux apprentissages de ces premiers mois ?
C’est plutôt du côté du management. Ce n'est pas juste le fait de s'entraîner sur le terrain et de jouer des matchs. Il y a tout le reste autour, au niveau des joueurs, au niveau des choix du joueur, au niveau de la mise en place et des voyages aussi. Les voyages sont très longs, par exemple : comment les anticipe? C'est ça qui prend beaucoup d'énergie et de concentration. Il y a eu quelques blessures sur le chemin aussi, on a dû revoir un peu les plans. C'est un peu un condensé de tout ça .
Doit-on s’attendre à des ajustements?
Ce n’est pas un secret, pour la moitié de l'équipe, ce sont des joueurs qui viennent du monde semi-pro. Il y a un ajustement, c'est clair. Il y a aussi une incompréhension de certains, peut-être, à savoir ce qu'est le monde professionnel, quelles sont les demandes, quelles sont les attentes. C'est une chose à laquelle, nous, le club, on doit faire face. On doit surtout donner des outils. Si nous n’avons pas encore le processus ou si c’est un élément qui n’est pas pris en compte et qui doit l’être, on doit réagir et régler ça. Ces choses-là, petit à petit, doivent être construites. Il y a des clubs qui ont 8 saisons d'avance. C'est là où, des fois, on perd un peu de temps et on ne peut pas se concentrer sur le reste. Après, s'il y a des décisions à prendre, ce sera l'arme ultime. Ce n'est pas quelque chose que j'aimerais faire, mais c'est sûr que c'est considéré. Si un joueur ne respecte pas les attentes du club, si un joueur ne performe pas au niveau des attentes qu'on a mises en lui, peut-être, oui, comme dans tous les clubs, des changements pourraient s'avérer nécessaires.
Le coach Nick Razzaghi a mentionné dernièrement que cette pause de la Coupe du Monde doit servir à faire le bilan à l'interne des premiers matchs et de tirer certaines conclusions. Ça s'inscrit donc là-dedans?
Exactement. Même si on était premiers du championnat et que tout allait bien, on se serait assis, on serait passé à travers tous les joueurs et on aurait fait un bilan de tout ça, voir ce qui a marché, ce qui n'a pas marché. Des fois, quand tu es dans l'adrénaline de t'entraîner, jouer, voyager, t'entraîner, jouer, voyager, c'est répétitif, tu n'as pas vraiment le temps d'extrapoler et de voir la vision d'ensemble. Bien que ce soit mon poste, mon rôle, prendre un moment de recul te permet d'avoir du temps, de réfléchir aux détails que tu veux corriger. Quand tu es dans le rush, souvent, tu te concentres sur ce qu'il y a devant toi et non sur ce qu'il y a plus loin.
On a compris que certains joueurs ne répondent pas aux exigences du professionnalisme. Est-ce que cela a un impact sur le groupe ?
Le groupe vit super bien. C'est quelque chose que je leur donne. Il y a vraiment une cohésion que tu n'es pas obligé d'aller chercher quand tu ramènes un Argentin, un Sud-Américain, un Mexicain, un Australien. Cette cohésion, on l'a eue tout de suite. Les gars se comprennent et passent du temps ensemble. Je ne sens pas qu'il y a de cliques, tout le monde est là pour l'un et pour l'autre. Évidemment, il y a des affinités comme dans tout dans la vie, mais on n'a pas besoin de forcément travailler sur ça. Mais c'est certain qu'au niveau des performances du groupe en soi, on est déçus, parce qu'on joue une mi-temps sur deux. Pour gagner des matchs, ça prend un peu plus. On en est là.
En dehors de ce bilan, comment allez-vous organiser cette pause de trois semaines pour la Coupe du Monde?
La première semaine va être une vraie pause. On reprend la semaine d'après avec trois jours. La dernière semaine, ça va être une semaine complète. L'objectif ici, c'est vraiment de ne pas trop leur en donner, mais pas non plus leur en donner trop peu. L'objectif, c'est qu'ils puissent se ressourcer, tout en restant dans le rythme à la reprise. Si tu donnes trop de temps de vacances, quand les gars reviennent, ça leur prend une semaine à se remettre dedans.
Il y a un mercato qui va s'ouvrir en juillet, est-ce que vous prévoyez du changement, des mouvements dans les arrivées et dans les départs ?
Pour le moment, la dernière signature, c’est Zachary Fernandez. Ça complète pas mal l’effectif. Il n'y aura pas vraiment de rajout, à moins qu'il y ait une blessure ou qu'il y ait un départ. Il y a des joueurs qui peuvent partir, qui peuvent aller ailleurs. C'est ce que l'on souhaite d'ailleurs. Ça ouvrira peut-être des portes pour recruter de nouveaux joueurs.
Est-ce que tu reçois des appels pour certains joueurs ?
Il y a beaucoup d'intérêt pour certains profils. On est très fiers. C'est quelque chose qu'on avait anticipé un peu, mais on ne s'attendait pas vraiment à des performances aussi bonnes de leur part. Certains joueurs n'ont jamais joué dans la Ligue et ils s'installent, ils sont confortables à ce niveau. Quand tu es un joueur, tu veux te challenger pour aller au plus haut niveau. C'est ce qu'on leur a vendu au Supra. Ici, l'objectif, c'est que tu ailles le plus loin possible et on va t'aider. On a reçu quelques appels, surtout des agents qui posent des questions et j'ai envie de penser que ces agents-là travaillent avec des clubs, ils sondent. Est-ce que ça pourrait être propice à un départ? On se le souhaite parce que c'est l'objectif du club. Nous, on ne retient pas les joueurs. Si des profils peuvent intéresser, on sera ouverts, c'est certain.
Quand on parle de niveaux suivants, de quels types de championnats parle-t-on?
Déjà, on a les clubs satellites, comme Campobasso, qui est en série C (Le club italien a le même propriétaire que le Supra; NDLR). On a quelques joueurs avec un passeport italien. On a aussi des joueurs avec des passeports français. On a de l'offre pour le marché européen, c'est certain. Certains championnats, comme le Portugais, sont toujours intéressés pour les internationaux parce que c'est moins compliqué, il n'y a pas de limite. Au niveau de la MLS, c'est un peu “gris” pour le moment. On n'a pas vraiment de contact direct. Ça peut arriver à la MLS de regarder dans notre marché, mais à date, on cite plus l'Europe.
Si vous avez une offre cet été par exemple pour Sean Rea, qui a un impact important et qui peut être déterminant pour les séries, comment envisageriez-vous cette offre?
Si l'offre est raisonnable et que le projet est intéressant pour le joueur et que cela lui permet d’aller à un plus haut niveau, ça validerait notre projet. Un joueur qui part, c'est 10 autres qui nous rejoindraient, parce qu’un tel départ voudrait dire que notre système marche. Ça veut dire qu'on aura plus de facilité à recruter des bons joueurs parce que ces bons joueurs vont sentir qu’en venant ici, ils vont pouvoir aller au prochain niveau. C'est comme ça que nous, on voit notre rôle dans l'échiquier du soccer au Québec et au niveau national. On est un tremplin, pas une destination finale.
Le soccer québécois apparaît comme votre principal vivier de joueurs pour le recrutement. Comment structurez-vous vos recherches et comment tissez-vous les liens avec les clubs?
Il y a deux côtés. Évidemment, il y a toujours les joueurs à l'étranger qui sont Québécois. On en a ciblé, on a fait un gros travail de fond en novembre pour aller chercher tous les joueurs disponibles. On a des contacts avec eux, on leur parle. On a les joueurs dans la Ligue aussi. Des transferts sont aussi possibles ou des prêts. Ensuite, on a tous les clubs de Ligue 1 QC, avec leur équipe U17. On a commencé à travailler sur un programme d'identification, où on va inviter les jeunes à jouer et on va préparer un petit peu l'avenir, on va dire. Pour ce qui est, par exemple, des futurs remplacements, c'est-à-dire directs, on a déjà des joueurs sur un tableau, bien précis. S'il y a un mouvement, on a tout de suite une pièce de rechange, on va dire, qui pourrait fitter avec nos besoins, avec le style et le profil. L'avantage de partir de rien, c’est que ça nous a forcés à étendre notre filet. On a déjà de bonnes pistes. C'est sûr que si perd un gros joueur, ce sera dur à remplacer, mais il y a le talent ici, donc on est confiants. On peut le faire grandir, on peut le préparer. Il y a encore beaucoup de travail dans la structuration de notre réseau local de détection, car c'est l'année 1, c'est l'an 0. Il y a encore beaucoup de processus à mettre en place et de tests à faire. On est nouveau, on a le droit aux expérimentations et c’est ce qu’on est en train de faire. Je suis en train de monter avec l'équipe de scouting un projet d'identification, de développement et possiblement une équipe en LS Pro pour l'année prochaine. Ça va être important parce que ce sont des joueurs de 18-19 ans qu'on veut voir près de nous, sur le terrain, à jouer contre des équipes d'adultes. On veut les voir évoluer avec les couleurs du Supra et avoir un certain contrôle sur ce qu'ils font, sur la façon dont ils s'entraînent. Ça va être important pour le développement. C'est une chose de prendre un joueur du semi-pro et de l'amener au niveau professionnel. Ça, on l'a fait et on voit qu'il y a certaines limitations. Par contre, si un joueur passe par la réserve Supra, on peut déjà mâcher le travail, lui inculquer les valeurs, lui inculquer la façon de travailler, un peu comme le fait l'académie du CF Montréal. Quand tu vois un jeune formé à l'académie, tu vois tout de suite qu'il a une certaine rigueur, une façon de s'entraîner, une façon d'écouter, d’appliquer les consignes. Ce professionnalisme, c’est peut-être parfois ce qu’il manque avec des joueurs semi-pro,
La réserve dès l'année prochaine, c'est l'objectif?
Oui on travaille dessus, ce n'est pas officiel, la LS Pro est en train de vérifier, mais ils sont très excités à l'idée de nous voir arriver. Ça peut aider à booster la ligue, à motiver les gens à se montrer. Quand j'étais le GM du semi-pro à Saint-Laurent, on avait l'Impact, le CF, qui était dans la ligue et chaque match qu'on jouait contre eux, c'était une motivation supplémentaire. Tu sais qu’il y a de très bons joueurs dans leur équipe donc c'était toujours des bons moments.
Justement, à propos du CF Montréal, il n'y a pas de joueurs prêtés cette année, ce qui parait surprenant..
Il y avait des possibilités de prêts, mais il y a eu des blessures. Pour d’autres, on a essayé, mais la manière dont ça a été fait n’a pas fonctionné. On aura différentes approches pour les prochaines fois, mais ça n’a pas impacté nos relations avec le CF Montréal. Les joueurs ont parfois beaucoup d'égo. Il faut s'asseoir avec le joueur de l'autre équipe, le rencontrer, lui expliquer le projet, sinon il peut se braquer. On fera différemment pour les prochaines fois.
Le fait d’implanter une réserve est-il le signe d’une volonté du club d'avoir à terme une académie?
Pas d'académie pour le moment. Le CF fait très bien ça et on va leur donner le crédit. Nous, on serait plus dans une optique de travailler avec tous les clubs amateurs, d'avoir un centre de regroupement avec tous les bons joueurs, les évaluer, les voir jouer, faire des matchs amicaux, mais sans plus. Il n'y a pas de projet d’académie pour le moment. Il faut une infrastructure, c'est tout un budget qu'il faut mettre en place, ce serait de la folie pour l'année 2 d'essayer de partir une académie. On est dans la performance, il faut des résultats tout de suite, alors ça ne laisse pas tant de place pour se concentrer sur une académie.