Auteur(e) :Quentin Parisis
De retour sur les terrains après une longue blessure, le nouveau joueur du Supra Zachary Fernandez vient soutenir une défense qui a parfois manqué de solidité, mais aussi apporté son expérience, acquise sur les terrains de la PLC et dans les épreuves qu’il a traversées ces derniers mois.

Zachary Fernandez est un revenant, au sens propre comme au sens figuré. Latéral rigoureux défensivement et capable de se projeter rapidement vers l’avant, il s’est fait un nom à travers la ligue, mais il y a désormais près d’un an qu’il n’a pas foulé les pelouses. La raison : une rupture des ligaments du genou survenue alors qu’il défendait les couleurs de Valour, à Winnipeg. “Cette blessure m'a vraiment appris beaucoup de choses sur mon corps, sur ma confiance”, reconnaît le joueur de 24 ans. Si l’on revient en 2024, envisager de voir Zachary Fernandez avec une tunique d’une équipe de la Première ligue canadienne, qui plus est montréalaise, aurait été fort improbable. Joueur des Wanderers de Halifax, Fernandez s’était en effet imposé comme un des meilleurs latéraux de la ligue et comme un des candidats de la PLC à un transfert vers l’Europe. Pourtant, deux ans plus tard, après un mercato mal géré qui l’a finalement orienté pour la saison 2025 vers le Valour de Winnipeg, puis une grave blessure au genou, le voici désormais un membre de l’effectif de l’équipe d’expansion québécoise. 

Il est clairement un homme changé après cette épreuve, plus mûr, conscient de la chance qu’il a d’avoir retrouvé un club et de pouvoir reprendre le fil de sa carrière. “C'est une blessure qui peut mettre fin à une carrière, dit-il avec raison. J'ai été très bien prise en charge à Winnipeg au niveau médical, mais après, tu restes chez toi pendant deux mois, tu es cloué au lit avec peu de ressources, pas d'amis, pas de famille. J'étais vraiment seul avec moi-même et mon genou.Tu penses à beaucoup de choses dans ces moments-là. Les gens disent que quand tu es dans une passe un peu plus difficile, tu apprends beaucoup sur toi et c’est vrai, j’ai appris beaucoup sur moi. Maintenant, ça m'aide beaucoup à voir la vie différemment. Chaque jour est une bénédiction de Dieu. Chaque jour est une deuxième chance. Je ne vais jamais prendre pour acquis mon sport avec la blessure que j'ai eue.”

Cette blessure a transformé l’homme, mais aussi le joueur, plus précautionneux, plus sensible la préparation, à la gestion de son corps, dans la façon d’appréhender son métier. “ Ça m'a donné encore plus le goût et la sérénité d'attaquer chaque jour comme si c'était le dernier, témoigne Zachary Fernandez, parce que tu ne sais jamais quand tu peux arrêter le foot pendant un an. Le travail mental m'a aidé dans cette blessure. Il y a un côté où c’est un mal pour un bien.”

Un club au plus près des joueurs

En 2025, les ennuis ont volé en escadron pour Zachary Fernandez. Arrivé au Valour par un concours de circonstances, le club a finalement cessé ses activités, alors que le joueur était à l’infirmerie pour plusieurs mois. Blessé et sans contrat, la situation avait de quoi le faire tergiverser, d’autant que l’expérience à Winnipeg a été compliquée sur toute la ligne. Au-delà des résultats catastrophiques qui ont mené l’équipe à la dernière place de la ligue, les rumeurs et les incertitudes qui ont accompagné la saison n’ont pas aidé à créer un climat favorable. La fin des activités du club et la façon dont elles ont été annoncées ont été le coup de grâce. Tout le contraire du Supra, explique Zachary Fernandez, où l’état-major du club est présent chaque jour, à l’écoute et déterminé à faire avancer un projet clair. 

“Tu sais, qu'est-ce que j'aime dans ce club-là? questionne le joueur, c'est que tout le monde a le même objectif. Ce n’est pas tant l'argent, mais de mettre le Québec sur la map. Le club veut que ce soit le fun d'aller voir jouer le Supra, qu'il y ait des joueurs performants. Il y a un but, un objectif. Ce n'est pas juste mettre une équipe, essayer peut-être de faire de l'argent ou whatever. J'aime vraiment cette  mentalité. Tout le monde est sur la même page, jusqu’au Président.” 

Cet aspect humain et orienté vers le joueur a immédiatement été perçu par Fernandez, dès les premiers contacts, alors que son genou est loin d’être guéri et que son retour au jeu est un lointain objectif. Dès novembre, les premiers contacts sont noués et Zachary Fernandez se fond dans le groupe dès la préparation, en janvier et février. “Je faisais mes propres soins et là, ils m’ont demandé de venir avec eux. Matéo [Cabanettes], le directeur sportif, m’a appelé et m'a dit :” écoute, nous, on aimerait te voir, que tu te soignes avec nous, qu'on te voit chaque jour, qu’on t’accompagne. Ça, j'ai vraiment aimé. Que quelqu'un t'offre tous ces services, sans même être signé contractuellement, j’ai trouvé ça vraiment bien de leur part. Je me sens redevable là-dessus, c'est vraiment quelque chose de bien qu'ils ont fait et c'est rare que les équipes fassent ça”, témoigne Fernandez.

Les premiers tests se déroulent à l’hiver et ils ne sont pas concluants, mais la confiance demeure et la proposition de contrat est maintenue. Zachary Fernandez progresse tranquillement, au point, désormais, d’envisager une présence dans le groupe dans les prochaines semaines.

Une expérience significative 

À 24 ans, Zachary Fernandez a encore de belles années devant lui, des défis et des ambitions. L’arrière latéral, riche d’une petite centaine de rencontres de la PLC, a signé un contrat jusqu’à la fin de la saison 2026, avec une option pour 2027. Bien qu’il soit, jusqu’à sa blessure, une référence à son poste, il devra faire face à la concurrence de Charles Auguste, le joueur le plus utilisé de l’effectif. Cela dit, la polyvalence d’Auguste, capable d’évoluer au milieu du terrain, pourrait aussi permettre au coach Nick Razzaghi d’utiliser les deux joueurs dans son XI de départ. “Et il y a peut-être d'autres rôles que le coach veut peut-être envisager pour moi”, ajoute-t-il avec malice et sans en dire plus.

Bien qu’indisponible, le joueur a déjà eu un impact dans le vestiaire et au sein d’un club qui se bâtit. Ainsi, il s’implique pleinement dans ce projet. J'ai quand même beaucoup d'expérience dans cette ligue et j'ai un nom dans le circuit québécois, donc, même blessé, je parlais avec les gens, avec les joueurs. Je pense que les joueurs me respectent, et ça fait en sorte que j'aide aussi un peu... C'est un nouveau club, tout le monde apprend chaque jour, même moi.” Une parole de sagesse pour un joueur qui a beaucoup appris en termes de résilience ces derniers mois.